La vie des îles

Après avoir donné ma démission, j’avais une dizaine de jours avant d’aller en auberge de jeunesse à Sainte Luce. J’en ai donc profité pour aller à la découverte de l’île à la « Roots ». Bouger avec son sac à dos, randonner, auto-stop, dormir à la plage. Bref la belle vie. Je quitte donc « Julie », le bateau que je louais à la marina et je file retrouver Colyne, une chouette fille rencontrée via… Couchsurfing ! Fraîchement débarquée en Martinique après avoir navigué depuis l’ancien monde, elle est passée par 4 bateaux différents avant d’arriver dans les Antilles. Colyne avait quelques jours de libre avant de commencer un volontariat à Sainte Anne donc on s’est organisé (organiser est un bien grand mot) un petit périple sur la côte ouest de la Martinique. On lève donc le pouce et c’est parti pour nos premiers chauffeurs en direction du Diamant. Le Diamant ce n’est pas la pierre précieuse que vous connaissez tous, c’est une commune connue pour son gros caillou : le rocher du diamant (pas très original comme nom)

Pour la petite histoire, l’Angleterre s’est installée sur le rocher en 1804 et y a installé un campement militaire avec des canons. Ils restèrent 17 mois sur le rocher, période durant laquelle ils vont profiter de cette position pour contrôler le canal de Sainte Lucie (l’île au sud) et mettre à mal la flotte française.

Arrivés au village du Diamant, on se ravitaille puis on se met en marche afin de grimper le Morne Larcher (petit sommet à 477m de hauteur) d’où on aura une superbe vue sur la baie du Diamant.

Au sommet !

La descente fait mal aux genoux, on a chacun un gros sac à dos de plus de 10kg. On arrive à Petite Anse, un village de pêcheurs où l’on va passer la nuit. On s’installe dans un vieux snack abandonné sur la plage et, une fois le campement installé, on se dirige vers le seul snack du village encore ouvert. On va y dîner et on retourne ensuite dans notre camping improvisé pour y passer une bonne nuit. Première nuit en camping sauvage pour Colyne !

Le campement avec nos nouveaux amis !

Après une bonne baignade de bon matin, on se remet en route en direction des Anses d’Arlet, une petite bourgade un peu plus au nord. On se pose sur la plage et pendant que Colyne part visiter l’église, j’enfile mon masque et mon tuba et je pars explorer les fonds marins. Il y a pas mal de poissons, de coraux et en m’éloignant un peu, je tombe nez à nez avec 2 tortues en train de se nourrir paisiblement. Elles font comme si j’étais pas là et je reste à distance pour ne pas les perturber. Les Anses d’Arlet, c’est famous pour son ponton qui arrive devant l’église du village

Photo by Coco

On mange un morceau et on continue vers le nord pour rejoindre Grande Anse, mais cette fois-ci à pied. Petite rando d’une heure mais en plein soleil et avec nos gros sacs à dos, on souffre un peu. Pause baignade et on continue vers notre objectif du jour : arriver à L’Anse Noire pour y passer la nuit. On fait du stop et on arrive vite à notre destination finale. On sympathise avec le proprio d’un tout petit snack au niveau du parking et on lui achète notre dîner et de quoi petit déjeuner le lendemain. Une fois que tout le monde a quitté la plage, on installe notre tente et notre hamac et on dîne sous le ciel étoilé. Je passe une nuit un peu agitée à cause des Yens Yens, les mouches des sables Martiniquaises. Elles sont riquiqui mais leurs piqûres grattent pendant des jours, c’est très désagréable.

Le lendemain direction la savane des esclaves, près des Trois Ilets. Il s’agit d’un lieu mémorial où le propriétaire a reconstruit des cases d’esclaves. On y apprend toute l’histoire des esclaves de Martinique, comment ils vivaient, se soignait, mangeaient. Un lieu magnifique et très instructif ! En fait, la première main d’œuvre sur l’île était constituée de Bretons et de Normands. Les propriétaires de plantations leurs promettaient un bout de terre et des ressources au bout de 5 années de travail. Dans la réalité, beaucoup d’entre eux mouraient avant de toucher leur récompense. Ensuite la traite négrière commença et des dizaines de milliers d’Africains furent emmenés de force dans les Antilles, dont la Martinique.

Il est temps de se séparer avec Colyne, elle prend la route du sud pour aller faire son volontariat et moi je monte à la pointe du bout (nord des Trois Ilets) pour y retrouver Nolween et Christophe, mes patrons de l’été dernier à la mondialement connue brasserie : Grain de Celte au Croisic. On passe la soirée ensemble et au petit matin je prend la navette jusqu’à Fort de France et je sors de la ville pour commencer le stop en direction de l’ancienne capitale Saint Pierre. Sur le chemin, un gendarme me raconte l’histoire tragique de cette ville. En 1902, le mont Pelé (le volcan de l’île) rentre en éruption. Une nuée ardente dévale la pente du volcan et arrive droit sur le ville de Saint Pierre. En l’espace de 2 minutes, presque tous les habitants sont morts. L’Histoire retient le nom de Cyparis, prisonnier pour avoir tué un homme, il était enfermé dans la prison de la ville. Les murs de sa geôle l’ont protégé du souffle brûlant et, malgré de sérieuses brûlures, Cyparis est vivant. Il devient connu pour avoir survécu à la catastrophe de Saint Pierre et part au États-Unis dans une compagnie de cirque, où il racontera son histoire et la tragédie. En réalité, d’autres personnes ont survécu mais leurs histoires ont attiré moins de monde. Le nombre de victimes est d’environ 28 000 personnes. Saint Pierre était une ville prospère, moderne et un gros port connu dans toute les Antilles, bref un lieu de passage qui brasse du monde. Il devait également y avoir des élections, ce qui a ramené encore plus de monde à ce moment là. Il y a eu des signes avant-coureurs de la catastrophe mais les autorités de la ville ont décidé de rassurer la population afin de maintenir les élections. Récapitulons : une ville avec de nombreuses personnes, des signes d’une éruption éminente, une élection qu’il faut maintenir malgré le danger. Ajoutez un volcan en éruption et bam c’est l’éruption volcanique la plus meurtrière du siècle.

J’arrive donc dans cette ville, qui 120 ans plus tôt était rasée de la carte. On peut voir les ruines dans certaines parties de la ville, et comment les habitations ont été reconstruites dessus. J’en profite pour aller au mémorial de la Catastrophe, qui retrace l’éruption. Ils ont fait un énorme travail de recherche pour retrouver les personnes décédés lors du souffle. Un passage à l’ancien théâtre puis je continue ma route vers le nord. Un pêcheur me déposera au Prêcheur, dernier village au nord ouest de l’île. J’y passe la nuit, toujours en tente sur la plage et le lendemain je pars direction d’Anse couleuvre ! 3 étudiants me prennent en stop et on part tous ensemble pour une randonnée de 7h dans la jungle pour rejoindre Grand Rivière.

Pour vous repérer

La randonnée se passe bien, on s’arrête à une rivière pour se baigner, on transpire à grosses goûtes mais ça vaut le coup ! On peut observer des arbres gigantesques, traverser des rivières et malheureusement on n’a pas vu de Matoutou, la migale Martiniquaise. Mes compagnons de marche repartent à leur voiture via un bateau de pêcheur et quant à moi je décide de passer la nuit sur la plage de Sinaï.

Campement à Sinaï

Encore une belle nuit à la playa sous les étoiles. Je repars par bateau avec un pêcheur au petit matin puis c’est l’heure de la baignade à l’anse Couleuvre. Nolween et Christophe arrivent et on part pour une petite marche de 45min dans la jungle pour aller voir une cascade. Cascade magnifique, on se glisse en dessous de la chute d’eau pour un massage naturel ! On retourne à la plage se poser puis c’est déjà l’heure du retour. Ils me déposent à l’embranchement pour aller vers Tartane (vous commencez à connaître maintenant).

Sous la cascade !

Tartane, village de surfeurs sur la presqu’île de la Caravelle où je me rends souvent. Après une bonne pizza en compagnie de locaux, je marche vers mon spot de camping préféré et j’y installe ma tente pour y passer la nuit. Le bruit des vagues berce mon sommeil et je me réveille au même moment que le soleil. Je range mes affaires et j’en profite pour louer une planche de surf pour aller m’entraîner. Il y a quelques vagues mais ça reste compliqué de voir si la vague est bonne à surfer ou non. J’essaie quand même, je rame et je tente de me lever, la plupart du temps sans succès. Je retente ma chance à plusieurs reprises et en fin de session, j’ai réussi à me lever quelques fois c’est cool ! Les bras en feu, je vais voir el poto Toto (Thomas de Couchsurfing). On papote tranquillement puis je décide de rester une nuit de plus à la plage et de partir le lendemain. Je prend la direction du sud, en passant par la côte Est. Je suis pris en stop par une pharmacienne, un jardinier, un Cap Verdien… Bref des profils variés ! Je m’arrête vers le Vauclin à un spot de Kite Surf mais y’a pas de grand feeling donc je reprend la route en direction de Sainte Anne. J’y passerai la nuit, en tente sur la plage pour changer. Sauf qu’à Sainte Anne, il y a des Yens Yens, les fameuses mouches des sables qui piquent. Je me fais piquer de partout. Tellement que je dois mettre mon pull et mon pantalon pour me protéger. Je vais chercher une pizza et je dîne sur la plage sous les étoiles. C’était ma dernière nuit en camping sauvage. Maintenant je file en direction de Sainte Luce, au Martinique Hostel où je vais commencer un volontariat jusqu’en janvier !

Anse couleuvre

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