Du Pacifique à l’Atlantique – Partie 1

Le titre annonce la couleur : direction l’Atlantique ! Mais bon moi je suis là

Et je vais là

Donc autant vous dire qu’il y a un peu de kilomètres à faire. Comment on traverse un continent sans avion ? Il n’y a pas 36 manières. La première c’est par la terre. En voiture, à pied, à vélo ou moto. C’est possible mais il faut passer soit par le Venezuela, soit par la Bolivie. La deuxième manière, c’est par les flots. Je parle bien sûr de descendre le plus long fleuve du monde, j’ai nommé : l’Amazone ! Fleuve qui donne son nom à la plus grande forêt du monde, l’Amazonie ! À cheval sur 9 pays, dont la majorité du territoire se trouve au Brésil, elle est réputée pour sa biodiversité, son rôle à l’échelle mondiale de régulation du climat et malheureusement pour sa déforestation intensive. Pour traverser l’Amazonie, il y a une route, fluviale, qui démarre de différents endroits au Pérou et en Équateur. Tous se rejoignent à Iquitos, capitale Péruvienne de l’Amazonie. Puis passage à Letícia, la Triple frontière, Manaus au Brésil et enfin arrivée à l’embouchure sur l’Atlantique.

Mais on en est pas là. Première étape, rejoindre Iquitos. Mais j’ai aussi envie de visiter quelques sites archéologique au passage, et l’un des grands lieux de l’archéologie péruvienne se trouve vers Lambayeque, au nord de Chiclayo. Je quitte Lobitos avec Maia, une anglaise qui se rend dans les montagnes (même direction). On se fait prendre en stop par un camion depuis Talara (proche de Lobitos) jusqu’à Chiclayo. Environ 6h de route passées à l’arrière d’un camion, enfermés comme des petits légumes. On fait une petite visite de Chiclayo, mais la chaleur étant étouffante, on décide d’aller voir Zootopia 2 au cinéma. Ça fait du bien d’aller au cinéma de temps en temps. Elle prend son bus pour les montagnes et moi je pars le lendemain pour Tucume, où se trouve un site archéologique connu pour ses 26 pyramides.

Ne vous attendez pas à des pyramides égyptiennes, celles-ci ont bien subi l’érosion mais le musée du site permet d’en apprendre plus sur les premiers habitants de la région, et les différentes cultures qui se sont succédées. Petite visite tranquille, avec une petite grippe attrapée la veille à Chiclayo. Je passe la nuit chez un petit monsieur à côté du site et je repars le lendemain pour la ville de Lambayeque où se trouve plusieurs musées relatant l’histoire de la région. Matinée studieuse donc, à lire et découvrir des vestiges d’une ancienne civilisation. J’ai toujours la crève donc je décide d’aller me soigner sur la côte. L’air marin guérit tous les mots.

Petite baignade dans la bourgade de San José puis comme il fait encore jour, j’avance jusqu’à Pimentel. Petite ville de bord de mer où viennent se reposer les habitants de Chiclayo. Je repère une auberge « Backpacker » sur la map donc je m’y dirige avec comme idée de passer une nuit ou deux puis continuer ma route. Que nenni. Arrivé sur place, le proprio, Mario, me demande si je peux rester quelques jours pour l’aider dans son resto/bar pour le week-end. Logement et nourriture contre mon aide. Why not ? Mario est Japonais-Péruvien, il avait une auberge que El Niño a détruit il y a quelques années. Manque de temps et d’argent (et d’organisation je dirais aussi), il n’a pas reconstruit et comme il est également chef cuisinier, il a commencé un restaurant. Je vais donc aider à installer le bar sur la plage et apprendre à 2 jeunes (frère et sœur, 16 et 14 ans) à travailler en restauration. Le service se passe bien mais travailler à la Péruvienne c’est assez différent de ce qu’on a l’habitude en Europe. Enfin bref, je passe une semaine chez Mario, on y mange bien mais pour quelques raisons que je n’énoncerais pas ici, je continue ma route avec pour prochain arrêt : Cajamarca, dans les montagnes.

J’avance doucement en stop, à pied jusqu’à ce que j’embarque sur un camion. J’ai pas dit « dans » un camion mais « sur » un camion. En fait je suis sur la partie entre le camion et le chargement. Safety First comme disent les anglais. Une bonne heure comme ça puis je passe sur le chargement pour une demie heure. Autre voiture, puis comme dernier véhicule, je vais monter dans un tuk tuk, pour une durée de 4h. Ce qu’il faut savoir : le chauffeur vient de se faire 12h de route dans la journée. Il est parti à 3h du matin. La route est pleine d’éboulements. Il pleut. C’est une route de montagne en lacets de nuit. Safety first comme on dit. Mais on arrive en un seul morceau à Cajamarca aux alentours de 23h. Je trouve un hôtel pour passer la nuit et le lendemain je bouge dans une auberge plus sympa dans le centre. Balade en ville, visite des musées… Il faut savoir que le dernier empereur Inca, Atahualpa, a été fait prisonnier ici par le conquistador Pizarro. Il a payé une grande rançon aux espagnols mais ceux-ci, craignant une révolution, l’ont accusé de trahison et l’ont exécuté sur la place publique.

Je rencontre quelques voyageurs à l’auberge et on décide d’aller voir le site de Cumbemayo. On est avec un groupe et guide (chose que je fais très rarement) dans un site naturel/archéologique. Le lendemain je vais, tout seul cette fois, voir des cascades dans un petit village, puis je m’arrête voir des grottes et des peintures rupestres. Et enfin je finis mon après midi aux bains thermaux, Baño del Inca (bains de l’inca en bon français) à profiter des sources chaudes. En rentrant j’apprends qu’il y a un défilé de carnaval ce soir. On se met en route avec un allemand qui vient tout juste d’arriver pour aller voir ce spectacle.

Plein de costumes, d’instruments de musique, de feux d’artifice (dangereux ça), de gens. Bref la ville est en fête ce soir ! Cajamarca est officieusement la capitale Péruvienne du carnaval, et elle le prouve ce soir ! La semaine se termine donc sur cette note festive et je m’en vais me reposer.

Lundi c’est le départ ! Une longue route m’attend jusqu’aux portes de l’Amazonie. En dernière minute j’apprends que la route jusqu’à Chachapoyas est ouverte donc je change de plan et décide, comme prévu initialement, de viser Tarapoto. Mais doucement, c’est les vacances. Démarre donc mon aventure en stop pour traverser la Cordillère des Andes, renommée mondiale pour sa majestuosité mais aussi sa dangerosité. Avec un colectivo pour sortir de la ville, un pick up, une voiture, un almuerzo et un peu de patience, je monte sur un camion aux alentours de Celendin. Je dis bien « sur » un camion car je suis sur le toit du camion, avec un compère et un chien. C’est un camion « ganadería » c’est-à-dire qui transporte des animaux. Débute ainsi l’ascension de la cordillère, doucement, sur les routes plus étroites et dangereuses les unes que les autres.

On voyage ainsi pendant plusieurs heures. Les paysages sont à couper le souffle. Énorme montée, énorme descente. Croisement de camions, marche arrière. Chaud, froid. Le camion bifurque aux niveau du fleuve Marañón (principal affluent de l’amazone) et me laisse donc seul avec quelques maisons aux alentours. Il fait chaud, lourd et humide ici. Je vais prospecter dans un petit village pour dormir mais étonnamment personne n’a l’air d’avoir envie de m’aider pour le logement. Je finirais par tomber sur des gens qui m’accueillerons, un peu à contre-cœur j’ai l’impression, chez eux pour que je dorme en hamac. Pour la faire courte : ambiance bizarre, cochon agonisant longuement avant d’être tué, réveil à 3h du matin par la pluie, pas dormi, départ à 6h.

À l’aube, un camion passe sur la route qui mène à Chachapoyas. Il s’arrête, m’embarque et je voilà en compagnie de José et David. 2 camionneurs de l’extrême qui font des livraisons à droite à gauche. Très sympas, on papote, s’arrête décharger chez des gens, prend le petit déjeuner… Là c’est la portion de route la plus pimentée. On grimpe (jusqu’à 3600m), on descend. On grimpe, on descend. La cordillère se dévoile derrière chaque flanc de montagne, derrière chaque parois rocheuse. Le soleil se lève doucement dans ce paysage unique au monde. Et nous dans tout ça ? On avance patiemment sur cette route de montagne. Coup de claxon à chaque virage, coup de volant pour éviter des trous ou les roches tombées. Quoi de mieux pour traverser la cordillère qu’un camion ? Ils prennent le temps de me montrer où le taxi est tombé dans le ravin la semaine dernière, où le camion s’est mangé la montagne… De bonnes histoires.

Une fois passé Leyebamba, on est sur la descente. On longe une rivière, la route est un peu mieux et on peut se permettre des petites accélérations. Les kilomètres avancent et aux alentours de 14h30, me voilà au pied du village de Tingo, village étape dans mon petit voyage. Je remercie mes compagnons de route avec qui j’ai passé pas mal d’heures puis une fois au village, je me mets à la recherche d’un logement. Problème : tout le village n’a pas d’eau. Aie. De fil en aiguilles je trouve JJ, Juan José, qui parle un peu français et qui a pas mal baroudé sans sa jeunesse. On s’entend trop bien, il a une chambre dans son auberge, et me donne pleins de conseils et de recommandations pour les alentours.

Nuevo Tingo c’est un village qui fait office de point de départ pour visiter le site archéologique de Kuelap. Il s’agit d’un ancien village de la civilisation Chachapoyenne se trouvant au sommet d’une montagne. Particularité du site, il y a un téléphérique pour accéder au site (mais il reste quand même une petite marche de 40min pour le village). Ça peut paraître commun pour nous mais ici c’est pas tous les 4 matins qu’on voit un téléphérique. Bref la vue est incroyable, je fais ma petite visite du site solo, même si ça manque de panneaux informatifs. Début d’après midi, je repars du village avec comme objectif du jour : Cocachimba. Petit village point de départ pour accéder à la cascade de Gocta. Une voiture et une moto en stop (environ 2h de route) et me voilà au village !

À l’inverse de la veille où j’ai galéré pour le logement, ici on m’indique les écuries de la ville où je peux mettre mon hamac. Électricité, eau et même sanitaires avec douche ! Douche glaciale je précise. On est encore tôt donc j’ai le temps de manger un morceau, m’installer confortablement, nettoyer quelques fringues… Je décide de me lever à 5h le lendemain pour aller voir la cascade, ça serait apparement la 3ème plus grande du Pérou (et 17ème mondiale). Je commence le chemin à la frontale puis une fois le jour levé, j’arrive à suivre le chemin sans problème. Ça monte, ça descend sans cesse c’est terrible. De plus, mon estomac fait des siennes (belle manière de dire que y’a un truc qui n’est pas passé). J’arrive tant bien que mal à la fameuse cascade, qui, je dois dire est vraiment impressionnante. L’eau qui tombe s’écoule au ralenti. C’est un sacré spectacle qui s’offre à moi. Retour au campement. La situation ne s’améliore pas. Mais il faut avancer dans la vie donc je pars quand même. Colectivo, camion et pick up. Mes deux derniers chauffeurs étaient super cool, on a bien papoté. Il me reste encore 2-3h de route jusqu’à Tarapoto mais la nuit tombe et dans mon état, je préfère me reposer à Moyobamba pour la nuit.

Je repars en stop dans la matinée, un seul pick up qui m’emmènera directement jusqu’à Tarapoto ! Il m’invite à déjeuner en ville mais mon bide est toujours en vrac donc je ne traîne pas longtemps et file dans une auberge que j’avais repéré. Je me pose, me vide, me repose puis me revide. Je vais rester quelques jours ici pour récupérer et je dois également recevoir une lettre que je fais envoyer à l’auberge. Je partirais à Yurimaguas (le port) quand j’aurais la lettre. Bon plan ça.

Le lendemain je fais la rencontre de Coline, une française en voyage également, et aussi la seule autre personne de l’auberge. On va passer quelques jours ensemble à cuisiner, manger et discuter de nos vies, pépouze quoi. On se fait une petite excursion à Lamas, un petit village à côté, pour aller visiter et se balader. Le jour suivant on décide d’aller voir une cascade au Sud Est de Tarapoto. On fait un peu de stop, un peu de tuk tuk et après une petite marche d’une demie heure, on arrive à la splendide cascade. Elle s’écoule doucement, avec délicatesse. Et il y a un grand bassin pour se baigner. Ni une, ni deux, je me jette à l’eau ! L’eau est incroyable, limpide. On glandouille donc à la cascade puis on prend le chemin du retour doucement. Récupérés par un français en moto (random, classique) on repart en colectivo pour Tarapoto.

ET LÀ, TIN TIN TINNNN. Mesdames et messieurs, après 5 ans à barouder dans moultes pays, après avoir été jusqu’en Grèce en stop, après avoir eu des chauffeurs fous, gentils, drôles, intéressants, débiles. Sans jamais avoir eu le moindre accident, la moindre éraflure, voilà que notre colectivo a un accident avec un tuk tuk ! Le tuk tuk s’est mangé le flanc droit du combi et est parti à la renverse. Nous, dans le combi, on a été bien déviés mais le chauffeur s’est arrêté sur le bas côté. Le tuk tuk est couché mais tout le monde va bien. Chez nous, ma voisine de gauche, une ado Péruvienne, est pas mal choquée. Coline aussi mais on l’a rassure comme on peut. Plus de peur que de mal et malheureusement c’est pas surprenant quand on voit la conduite des latinos. Voilà pour mon premier accident !

Coline part le lendemain pour le sud et moi je reste encore quelques jours, le temps que la lettre arrive. Je prépare mon sac pour la traversée, cuisine de bons petits plats, visite le musée de l’Ayahuasca. La lettre arrive mercredi en fin de journée. Je passe une dernière nuit à l’auberge puis jeudi matin je décide de prendre un colectivo pour aller à Yurimaguas. C’est 2h de route, ça me laissera le temps de chercher un bateau. Que neni. Après 1h30 de route, on arrive à un bouchon. Le chauffeur descend, va voir et nous dit « Terminus tout le monde descend ». Il y a un blocage sur la route, personne ne peut passer. Commence alors un parcours saccadé. Passer le blocage à pied, prendre un moto taxi, marcher. Passer un autre blocage, marcher puis avec de la chance prendre un moto taxi. Chaque fois les motos deviennent un peu plus cher bizarrement. On avance de saut de puce en saut de puce mais j’arrive finalement au port des bateaux lents. Ceux qui transportent des marchandises principalement. Je trouve un bateau rapidement. Il est sensé partir ce soir normalement.

C’en est fini des routes terrestres, maintenant place à la jungle, place aux fleuves et au monde nautique !

Ne manquez pas le prochain épisode des Aventures 2 cécé ! Va t-il réussir à traverser l’Amazonie ? Y a t-il des crocos dans l’eau ? Tant de questions sans réponses, du moins pour l’instant.

Allez voir l’onglet « Galerie » pour plus de sensations !


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